Imagine une sensation qui te dépasse. Un poids invisible qui écrase ta poitrine, un tourbillon dans ton ventre. Peut-être est-ce comme un immense ravin qui s’ouvre sous tes pieds… et tout ton être lutte pour ne pas tomber dedans. Ce vide, il fait peur. Il semble sans fond, menaçant, et pourtant, il est là. On le fuit, on l’évite à tout prix. Mais que se passe-t-il si on ne s’arrête jamais pour le regarder ?
Le vide, un écho de nos sensations corporelles
Le sentiment de vide ne se vit pas uniquement dans la tête. Il envahit le corps. Pour certain·e·s, c’est une boule dans l’estomac, un vertige, une absence de souffle. Pour d’autres, c’est une paralysie, comme si le corps était figé dans le vide. Ces sensations révèlent un état de survie.
Selon la théorie polyvagale (TPV), notre système nerveux autonome joue un rôle clé. Lorsqu’on ressent ce vide, on peut être dans un état de shutdown, un mode de protection qui se manifeste par un repli, une déconnexion, une impression de désert intérieur.
Les comportements pour fuir le vide
Souvent, si tu cherches à fuir ces sensations corporelles, tu vas alors soit te mettre à éviter la situation en t’anesthésiant par ton téléphone, les écrans, les substances addictives ou encore par être toujours en mouvement et ne pas pouvoir t’arrêter. Par exemple, tu peux te retrouver à scroller sans fin sur les réseaux sociaux, oubliant même ce que tu cherchais initialement, ou à te plonger dans une surcharge de travail pour échapper à cette sensation pesante. Tu restes en mode survie.
Mais pourquoi cela se produit-il ? D’où provient ce sentiment de vide ?
Un manque sécurité affective dans nos premières relations
Le vide est souvent le reflet d’un manque de lien et de sécurité dans nos relations primaires : celles que nous avons eues avec nos parents ou éducateurs. En tant qu’être humain·e, nous sommes des êtres de lien. Dès la naissance, notre sécurité dépend de la présence aimante de l’autre. Si ces liens sont absents ou instables, cette sensation de vide peut se créer et notre système nerveux va apprendre à s’adapter pour survivre à notre environnement.
Par exemple, un bébé – puis l’enfant qu’il va devenir – qui ne reçoit pas assez d’attention, de contact ou de réassurance peut grandir avec une sensation d’insécurité chronique. Ses expériences émotionnelles qui n’ont pas pu être nommées ni reconnues par l’adulte créera en lui un vide émotionnel. Ce vide devient un compagnon invisible, toujours prêt à surgir. Et plus tard, adulte, ce vide refait surface dans nos comportements et nos relations.
Le vide, un moteur de comportements qui t’enferment
Pour combler cette peur du vide, tu peux soit fuir, soit combattre ou soit te soumettre.
- Tu pourrais rester dans des relations qui ne te conviennent pas par peur de se retrouver seul·e. Tu pourrais accepter l’inacceptable juste pour se sentir à peu près sécurisé·e ou donner une image de plein dans ta vie.
- Tu pourrais travailler sans relâche, cherchant dans l’épuisement une illusion de complétude.
- Ou encore courir après des distractions : les réseaux sociaux, les sorties, ou même une succession de projets
- Ou encore fuir dans comportement d’addiction : la nourriture, le sexe, l’alcool, le jeu…
Tout ça pour ne pas sentir le ravin s’ouvrir sous tes pieds. Mais cette fuite peut vraiment avoir un prix. À force de courir, de lutter, tu risques un jour le débordement. C’est-à-dire :
- Mettre ta sécurité physique et mentale en danger dans des relations toxiques et/ou violentes.
- Avoir des émotions enfouies qui refont surface sous forme de crises d’angoisse, de colères incontrôlées, ou de fatigue extrême.
- Tu peut frôler le burn-out car tu avances sans carburant dans ton moteur.
- Et surtout parce que ce vide, qu’on le veuille ou non, finit toujours par nous rattraper.
Pourquoi fuir le sentiment de vide peut être une erreur ?
Fuir le sentiment de vide, c’est comme vouloir éviter une partie de toi qui a souffert et qui n’a pas été reconnue. Ce n’est pas vraiment le vide que tu fuis, mais les sensations désagréables que cela crée dans ton corps. Tant que tu les fuis, tu renforces l’intensité de leur manifestation et un jour, ça déborde.
Cette sensation de vide est un messager. Elle ne vient pas pour t’engloutir, mais pour te rappeler ce qui a été laissé en suspens dans ton expérience : des blessures, des besoins non comblés, des parties de toi qui attendent d’être reconnues et aimées.
Et si, au lieu de fuir, tu prenais un instant pour t’arrêter ? Je sais que ce n’est pas simple. Regarder cette sensation de vide en face demande du courage. Mais c’est aussi l’occasion de te retrouver. De commencer à te réapproprier ton espace intérieur, à retrouver un équilibre plus juste pour toi.
Apprendre à ralentir et te réajuster face à ce sentiment de vide
Pour accueillir cette sensation de vide, il est nécessaire d’apprendre à ralentir. Offrir à ton corps des moments de calme, de présence. Cela peut commencer par des pratiques simples :
- une promenade dans la nature,
- une respiration profonde,
- un moment où tu t’autorises à ne rien faire.
Si tu ressens du stress rien qu’à l’idée d’envisager cela, ou si tu viens à penser que tu n’as pas le temps de le faire, alors tu es vraiment concerné·e par le sujet et ce qui suit.
C’est aussi là que la relation thérapeutique joue un rôle fondamental. En Gestalt, la relation avec le ou la thérapeute devient un espace de sécurité. Dans ce lien où tu vas faire l’expérience de la sécurité, tu vas peut à peu pouvoir aller explorer ce vide, tes sensations, tes émotions, sans peur d’être jugé·e. Tu peux découvrir que ce ravin que tu crains tant n’est pas infini. Qu’au fond, il y a toi qui t’attendais. Avec tes forces, ta vulnérabilité, et ta capacité à te reconstruire.
Arrêter de fuir le sentiment de vide, c’est faire le premier pas vers une vie plus alignée, plus apaisée. C’est aussi une invitation à te poser une question essentielle : et si tu regardais ce vide autrement et donc par le prisme d’une partie de toi qui t’appelle pour être reconnue ?
Si tu veux avancer sur ce chemin, un accompagnement en thérapie peut être une ressource précieuse pour apprendre à apprivoiser ce sentiment de vide et à te reconnecter à toi-même. Et c’est un chemin que tu n’as pas à parcourir seul·e. Je suis là pour toi, si tu le souhaites.
Bien chaleureusement,
July LINCHAN

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